Accident lors d'un cours de sport en entreprise : qui paie ?
Un salarié se blesse pendant une séance de sport au bureau : accident du travail ou pas ? Ce que dit la jurisprudence depuis 2020, et vos leviers.
L’essentiel
- Un accident survenu sur le temps de travail et sous l’autorité de l’employeur est présumé accident du travail, quelle qu’en soit la cause
- Le vrai risque n’est pas la qualification en accident du travail, c’est la faute inexcusable
- Depuis deux arrêts du 8 octobre 2020, elle suppose deux conditions cumulatives : la conscience du danger et l’absence de mesures
- Vérifier les qualifications et l’assurance de votre prestataire est précisément l’une de ces mesures
C’est la question qui arrive juste avant la signature, souvent posée par le service juridique plutôt que par les RH : « et si quelqu’un se blesse ? »
La réponse circule mal. On lit un peu partout que l’employeur est tenu à une « obligation de sécurité de résultat », formule qui date et qui fait peur pour de mauvaises raisons. La Cour de cassation a changé de terrain en 2020. Voici l’état réel du droit, et ce qu’il vous laisse comme leviers.
Un accident pendant un cours de sport au bureau est-il un accident du travail ?
Le plus souvent, oui.
L’article L411-1 du code de la sécurité sociale qualifie d’accident du travail, quelle qu’en soit la cause, l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail. La formule « à l’occasion du travail » est interprétée largement, et elle emporte une présomption d’imputabilité : c’est à celui qui conteste de démontrer que l’accident n’a rien à voir avec le travail.
Un accident survenu dans les locaux de l’entreprise, pendant un créneau organisé par elle, coche les cases.
Quel critère fait basculer la qualification ?
Le lien de subordination, et lui seul.
La Cour de cassation l’a illustré dans un cas de séminaire (2e chambre civile, 21 juin 2018, pourvoi n° 17-15.984). Une salariée se blesse en skiant lors d’une journée détente. L’activité n’était ni encadrée ni organisée par l’employeur, et elle était présentée comme libre. La Cour retient malgré tout l’accident du travail : la journée était rémunérée comme du temps de travail, la salariée restait donc soumise à l’autorité de son employeur.
À l’inverse, une activité facultative, pratiquée hors du temps de travail et par choix personnel, relève de la vie privée. Une cour d’appel a refusé la présomption faute de lien de subordination et de lien entre l’activité sportive et l’activité professionnelle.
En pratique, trois configurations et trois régimes :
| Configuration | Qualification probable |
|---|---|
| Séance sur le temps de travail, organisée par l’entreprise | Accident du travail |
| Séance en pause déjeuner, dans les locaux, à l’initiative de l’entreprise | Accident du travail probable, la présomption joue dans les locaux |
| Séance hors temps de travail, facultative, à l’initiative du salarié | Plutôt vie privée |
Cette frontière n’est pas une zone grise à exploiter. Elle sert à savoir de quoi vous parlez quand vous organisez le créneau.
Pourquoi « l’obligation de sécurité de résultat » n’existe plus
C’est le point que la plupart des articles sur le sujet n’ont pas mis à jour.
Pendant des années, la jurisprudence a fondé l’obligation de sécurité de l’employeur sur le contrat de travail, avec une intensité dite « de résultat » : le dommage suffisait presque à établir le manquement. Par deux arrêts du 8 octobre 2020 publiés au bulletin (2e chambre civile, pourvois n° 18-25.021 et n° 18-26.677), la Cour a redéfini l’obligation en matière de risques professionnels, en la rattachant à l’obligation légale du code du travail.
L’attendu est court et il vaut la peine d’être lu en entier :
« Le manquement à l’obligation légale de sécurité et de protection de la santé à laquelle l’employeur est tenu envers le travailleur a le caractère d’une faute inexcusable lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était soumis le travailleur et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en préserver. »
Deux conditions, cumulatives. La conscience du danger, et l’absence de mesures. Un employeur qui a pris les mesures nécessaires n’est pas en faute inexcusable parce qu’un accident est survenu.
Qu’est-ce que la faute inexcusable, et pourquoi c’est le vrai sujet
La qualification en accident du travail n’appauvrit personne : la branche AT-MP prend en charge les soins et les indemnités journalières, et c’est précisément la contrepartie du système.
La faute inexcusable, définie à l’article L452-1 du code de la sécurité sociale, change d’échelle. Elle ouvre droit à une majoration de la rente et à l’indemnisation complémentaire des préjudices que la prise en charge forfaitaire ne couvre pas. C’est ce risque-là que votre service juridique a en tête, pas la déclaration d’accident du travail.
Et c’est une bonne nouvelle déguisée, parce que ce risque se pilote. Il dépend de ce que vous avez fait, pas de ce qui est arrivé.
Quelles mesures protègent concrètement l’employeur ?
L’article L4121-1 du code du travail impose de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé des travailleurs. Dès qu’une offre sportive existe, il vous revient d’identifier les risques qu’elle crée et d’y répondre.
Cinq mesures qui construisent le dossier, dans l’ordre où elles se posent :
- Contrôler les qualifications du prestataire. Encadrer une activité physique contre rémunération exige un diplôme inscrit au RNCP et une carte professionnelle en cours de validité. Nous détaillons les quatre documents à exiger d’un prestataire sportif, avec le texte de loi derrière chacun. Un intervenant non qualifié transforme un accident banal en faute caractérisée.
- Exiger l’attestation d’assurance de responsabilité civile professionnelle, et pas la promesse qu’elle existe.
- Adapter l’intensité aux profils réels. Un cours ouvert à tous, dans une entreprise où la moyenne d’âge dépasse la quarantaine et où personne n’a bougé depuis dix ans, ne se conçoit pas comme un entraînement de club.
- Vérifier le lieu. Sol non glissant, espace suffisant, trousse de secours accessible, moyen d’alerter les secours. Si vos locaux ne s’y prêtent pas, mieux vaut une salle à proximité qu’un cours dans un couloir.
- Documenter. Attestations, échanges avec le prestataire, consignes transmises aux participants. La conscience du danger s’apprécie sur pièces, et l’absence de trace se retourne contre celui qui n’a rien gardé.
Aucune de ces cinq mesures ne coûte cher. Toutes se perdent si personne ne les demande au moment du devis.
Questions fréquentes
Faut-il un certificat médical pour participer ? Aucun texte ne l’impose pour une activité de loisir organisée par l’employeur. Beaucoup d’entreprises préfèrent une déclaration du salarié attestant l’absence de contre-indication. C’est un élément de dossier utile, pas une protection absolue.
La participation peut-elle être obligatoire ? Rendre le sport obligatoire renforce le lien de subordination, donc la qualification en accident du travail, et pose d’autres difficultés en droit du travail. Le volontariat reste la règle saine.
Que se passe-t-il si le coach est en tort ? Sa responsabilité civile professionnelle a vocation à jouer, ce qui n’efface pas la vôtre au titre de l’obligation de sécurité. Les deux se cumulent plutôt qu’elles ne se substituent.
Faut-il déclarer l’accident ? Un accident survenu sur le temps et le lieu de travail doit être déclaré à la caisse dans les 48 heures. Ne pas déclarer par crainte de la qualification est le plus mauvais calcul possible.
À retenir
Sur le temps de travail, l’accident sera très probablement qualifié d’accident du travail. Cette qualification n’est pas le risque. Le risque est la faute inexcusable, et depuis 2020 elle suppose que vous ayez ignoré un danger dont vous aviez ou auriez dû avoir conscience.
Autrement dit, la parade tient en deux gestes : choisir un prestataire vérifiable, et garder la trace de ce que vous avez vérifié. Renoncer au sport en entreprise ne protège de rien. Chez Power Partners, les quatre pièces réglementaires de chaque coach sont fournies avec le devis, sans qu’il faille les réclamer.
Cet article expose l’état du droit à la date de sa publication. Il ne remplace pas l’avis d’un conseil sur votre situation, en particulier si vous envisagez de rendre la pratique obligatoire ou de l’organiser hors de vos locaux.
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Joanna
Rédactrice spécialisée QVT
Rédactrice spécialisée en qualité de vie au travail, Joanna décrypte les études et données chiffrées pour rendre les sujets QVT accessibles aux décideurs.